
Un buffet est organisé avant la représentation théâtrale en collaboration avec le traiteur
"La Toque Blanche".
Dès 18h30, venez déguster un succulent buffet avec l'apéritif du "Château de Trazegnies", un dessert accompagné d'un café au prix de 25€ p/pers.
Réservation obligatoire avant le 29/07/2011 au 071/45.10.46.

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Théâtre au Château
Depuis quelques années
maintenant,
Cette année,
"Le Médecin malgré lui"
de MOLIERE
le mercredi 10 août 2011 à 21h .

"Le Médecin malgré lui" est une farce réjouissante où le bûcheron Sganarelle, successivement mari dupé, faux médecin et marieur, réussira quelques jolis tours de force. Quand il aura battu Géronte, séduit la nourrice, acheté la confiance des tourtereaux - Lucinde et Cléante - et risqué la pendaison, il n'aura plus qu'à faire la paix avec sa femme! Le rire faisant fi des convenaces, les serviteurs endossent ici l'habit des maîtres avec la bénédiction du spectateur. Trois actes qui correspondent à trois thèmes : la querelle de ménage, la satire de la médecine et l'intrigue amoureuse.
Mise en scène de Bernard Lefrancq,
La distribution sera menée par Michel Poncelet, Bernard Lefrancq, Angélique Leleux, Perrine Delers, Jean-Paul Clerbois et et Damien De Dobbeleer, Lisa Debauche - Costumes de Ludwing Moreau
| PRIX D'ENTREE : | 14 € |
|---|---|
Etudiants |
10 € |
Réservation par téléphone au 071/45.10.46, par email : chateaudetrazegnies@skynet.be ;;;;ou ..par versement aux comptes*: |
|
| FORTIS | 271-0257041-23 |
| DEXIA | 068-0368820-53 |
|---|---|
| ING | 360-0420566-77 |
* avec en communication : votre nom + le nombre de places + "Theatre"
Résumé de la pièce:
Acte 1
Martine et Sganarelle, un couple marié, se disputent et Sganarelle bat sa femme. Le voisin M. Robert essaie de prendre la défense de Martine mais elle protège Sganarelle. Martine va se venger des coups que Sganarelle lui donne. Pendant ce temps, deux domestiques (Valère et Lucas) cherchent un médecin pour soigner la fille de leur maître qui esr devenue muette. Le plan de Martine est de faire passer son mari pour un médecin qui rsout tout. Valère, Lucas et Sganarelle créent des quiproquos. Valère et Lucas lui donnent des coups de bâton comme l'avait dit Martine pour qu'il avoue qu'il est médecin. A bout de forces, Sganarelle, avoue.
Acte 2
Valère et Lucas présentent Sganarelle à Géronte pour guérir Lucinde (la fille de Géronde). Sganarelle entre en robe de médecin et la regarde en demandant ce qu'lle a. Elle n'arrive pas à parler. Jacqueline arrive. Sganarelle, pour énerver Lucas, fait des baisers, des caresses, à la nourrice Jacqueline. Sganarelle pose qualques questions à Lucinde en exprimant en latin des mots incompréhensibles. Géronte est tout content de voir un médecin si fort. Léandre voit Sganarelle seul, il lui demande de guérir Lucinde pour l'épouser. Sganarelle accepte la mission.
Acte 3
Sganarelle accepte donc de guérir Lucinde. Léandre se déguise en apothicaire pour pouvoir voir Lucinde. Sganarelle est complice après avoir été payé par Léandre. Lucinde et Léandre se disent des mots doux tandis que Sganrelle tourne la tête de Géronte pour éviter qu'il les voit ensemble. Géronte se tourne et voit Lucinde en train de parler. Sganarelle leur dit d'une drôle de manière de s'enfuit sans que Géronte ne s'en rende compte. Sganarelle risque de se faire prendre à cause de Lucas qui l'a dénoncé. Mais Léandre revient et apprend à Géronte que son oncle est mort et qu'il est héritier. Tout de suite il le laisse épouser Lucinde.
| Sganarelle | Michel Poncelet |
| Martine | Angélique Leleux |
| Jacqueline | Perrine Delers |
| Lucas | Jean-Paul Clerbois |
| Géronte | Bernard Lefrancq |
| Lucinde | Lisa Debauche |
| Léandre | Damien De Dobbeleer |
| Mise en scène | Bernard Lefrancq |
| Costumes | Ludwig Moreau |
Le Médecin malgré lui :
Dans cette pièce qui passe pour une farce sans conséquence, Molière mêle le thème du couple à celui de la médecine. La relation de couple est présentée dans ses trois états : - la mésentente comme pain quotidien pour Sganarelle et Martine; -la résignation et le doute qui laissent une place à la tentation pour Lucas et Jacqueline; - Le nuage rose et délicieux de l'Amour-Toujours pour les jeunes premiers, Léandre et Lucinde.
L'humour est présent dès le départ. La scène de ménage qui ouvre la pièce est à juste titre une des plus célèbres du théâtre classique. Chaque réplique fait mouche. On passe insensiblement des reproches divers aux injures les plus variées et des injures aux coups. Un voisin qui vient au secours de la femme battue sert de bouc émissaire. "Je te pardonne mais je me vengerai" murmure Martine quand son mari s'en va couper du bois.
Le Médecin que Molière nous donne à voir n'est pas un vrai médecin, c'est Sganarelle, un bûcheron plein de ressources et d'astuces, déguisé "malgré lui" en médecin. On peut donc rire de lui, de son diagnostic, des ses explications, de ses remèdes. On s'aperçoit peu à peu que cette parodie de la médecine n'est pas si loin de notre vécu. La blouse blanche a remplacé la robe noire, les virus et les microbes ont pris la place des humeurs et des vapeurs, mais la relation du malade au médecin est restée pareille. La peur de la maladie et de la mort mettent le médecin sur un piédestal. Le discours médical, incompréhensible par définition et par fonction, ne répond pas à la question du malade : "pourquoi suis-je malade?"
Dans ce chassé-croisé entre la parodie médicale et les aventures des trois couples, le dessin des caractères, la dynamique des rencontres et des coups de théâtre s'inscrivent sur un fond de joie de vivre.
Molière
Né Jean-Baptiste Poquelin, il voit le jour à Paris en janvier 1622. Son père est "tapissier du roi" et sa mère meut alors qu'il n'a que dix ans. Il suit une scolarité chez les Jésuites à Paris, puis étudie le droit à Orléans.
A partir de 1643, il rencontre et s'associe avec Madeleine Béjart, qu'il quitte plus tard pour sa jeune soeur, ou sa fille. Il abandonne les traditions familiales et s'engage dans le théâtre comme auteur, directeur de troupe et comédien. C'est à cete époque, en 1644, il prend alors le pseudonyme de Molière. Il participe aux aventure de "L'Illustre-Théâtre" où il commence une vie itinérante et souvent difficile pendant près de quinze ans.
Premiers succès : arrivée à la cour en 1658, il connaît son 1er succès public avec "Les Précieuses Ridicules", en 1659. Il triomphe avec "L'Ecole des femmes" en 1662, première grande comédie de Molière en 5 actes et en vers. Mais les premières critiques violentes fusent.
Le tournant de sa carrière : "Le Tartuffe" (1664), pièce rapidement interdite de représentation. Remplacée par "Don Juan" (1665), qui sera jugé également dangereux et tombera, malgré son succès, après 15 représentations. Dernière grande comédie sombre et audacieuse qu'il entreprend : "Le Misanthrope" en 1666.
Enfin, il est reconnu et obtient le statut officel de "Troupe du roi" et s'installe au théâtre de Palais-Royal où il choisit des divertissements plus gais ( "Comédies-Ballets"), retour à une veine plus légère, proche de la farce avec les fameuses pièces encore connues aujourd'hui : "Le Médecin malgré lui" (1666), "Amphitryon", "Georges Dansin et "L'Avare" (1668), "Le Bourgeois gentilhomme" (1670), "Les Fourberie de Scapin" (1671), "Les femmes savantes" (1672), "Le Malade imaginaire" en 1673
Il meurt sur scène le 17 février 1673 et est enterré clandestinement, de nuit, le 21 férier 1673.
Pour mieux comprendre l'oeuvre ...
Au temps de Molière
En 1666, Molière triomphe comme auteur, comédien et chef de troupe du roi. Mais il est aussi l'objet de nombreuses critiques lorsqu'il fait représenter Le Médecin malgré lui.
Considéré jusque-là comme un simple amuseur, il s'est lancé depuis quelques années dans un genre intermédiaire, à la frontière du tragique, où la peinture de caractères s'enrichit d'une réflexion sur l'hypocrisie dans les comportements individuels et les institutions sociales, ce qui lui vaut de violentes critiques. Le Tartuffe, où l'on voit un faux dévot s'établir dans une famille qu'il tente de dilapider, a été interdit. Le personnage de Dom Juan qui, dans sa quête du plaisir et de liberté, tient t^te jusqu'au bout à la menace chrétienne de l'Enfer, et qui finit par prendre le masque du dévot pour que la société le laisse tranquille, relance le scandale. Deux moi avant Le Médecin malgré lui, Molière subit un échec avec Le Misanthrope : Alceste y apparaît en révolté, qui condamne l'hypocrisie d'une société fondée sur le mensonge.
On considère généralement que Le Médecin malgré lui, écrit juste après Le Misanthrope, marque un retour au gros rire destiné à plaire et à accroître les recettes. De fait, cette pièce est une de celles que Molière a reprises le plus souvent (59 fois), ce qui témoigne de son succès.
Aux sources du comique : la farce et le théâtre italien
La farce est un genre comique populaire fondé sur des jeux de scène, et des mimiques propres à déclencher l'hilarité. Très présente au Moyen Âge et à la Renaissance, elle avait à peu près disparu au XVIIème siècle. Molière la ressuscite pendant sa période itinérante: les farces forment le fond du répertoire de la troupe ambulante de comédiens avec laquelle il parcourt la France pendant douze ans. Il écrit lui-même deux farces dont les textes sont parvenus jusqu'à nous : La Jalouise du barbouillé et Le Médecin volant. Huit ans après ses débuts à la cour, il y revient : Le Médecin malgré lui, à commencer par la dispute conjugale, prétexte à injures, qui ouvre la pièce, et bien sûr ses multiples coups de bâton, est une farce particulièrement survoltée. Molière est aussi fasciné par le jeu des comédiens du roi. D'Italie, ils apportaient une nouvelle forme de spectacle, la commedia dell'arte, bien connue pour ses types : les vieillards comme Pantalon, les jeunes premières amoureuses, les soubrettes et surtout les valets intrigants, tels Arlequin et Brighella. Les comédiens improvisent à partir d'un canevas dramatique simple, pratiquent l'art de la pantomime en jouant de leurs corps (voltiges, pirouettes, coups de bâton) dans des jeux de scène bouffons. Insolents et railleurs, ils risquent souvent sur scène des obscénités sexuelles, des jeux de mots grossiers, toutes sortes d'injures. Leurs pièces, en italien mais aussi en français, sont très libres et forment l'envers du théâtre classique, l'envers d'un monde ordonné par les règles, la vraissemblance et la bienséance. quant à leur jeu et à leur diction, ils sont eux aussi à l'opposé de ceux des comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, où l'on donne les tragédies, et où domine une esthétique austère, avec des corps figés, raides, et une diction ampoulée toujours à la limite de la déclamation. On sait par des témoignages que Molière acteur a copié la mimique et les savantes gesticulations des Italiens. La tradition veut même qu'il ait été, dans sa jeunesse, l'élève du célèbre bouffon italien Scaramouche. Donneau de Visé écrit dans son hommage funèbre : " Il était comédien depuis les pieds jusqu'à la tête; il semblait qu'il eût plusieurs voix; tout partait en lui et d'un pas, d'un sourire, d'un clin d'oeil et d'un remuement de tête, il faisait concevoir plus de choses qu'un grand parleur n'aurait pu dire en une heure".
Sganarelle, le médecin
Molière retrouve avec cette farce le personnage de Sganarelle, qu'il a toujours interprété, et déjà présent dans cinq pièces écrites de 1660 à 1666 : Sganarelle ou le Cocu imaginaire, L'Ecole des maris, Le Mariage forcé, Dom Juan, L'Amour médecin. Incarnation suprême et dernière, le Sganarelle du Médecin malgré lui était en fait apparu pour la première fois dans une farce datant de la période de l'Illustre Théâtre : Le Médecin volant, où il était déjà un médecin rusé et joyeux. Ainsi, le dernier Sganarelle rejoint le premier. Un lien unit donc le personnage à l'habit de médecin, qu'il endossait rapidement dans Dom Juan, et qu'il assume triomphalement dans le Médecin malgré lui. Cette pièce appartient en effet à la lignée des comédies de Molière qui proposent une satire de la médecine, jusqu'à la dernière, Le Malade imaginaire, où le viel Argan vit entre purges et lavements, victime de M. Fleurant l'apothicaire, de M. Purgon, et surtout de Diafoirus, père et fils, médecins imbéciles et ignorants. La figure du médecin est d'ailleurs une très vielle source comique, comme l'atteste, au Moyen Age, le fabliau du Vilain Mire, dont s'inspire ici Molière. Il faut dire que le médecin-apothicaire, avec ses allures de sorcier, est aussi un bonimenteur, dont le bagout était bien connu des habitants de Paris. Molière enfant y fut sans doute sensible lorsqu'il accompagnait son grand-père au Pont-Neuf. Car Sganarelle est surtout, dans Le Médecin malgré lui, l'emblème du comédien qui, par ses prouesses et ses voltiges, fait triompher l'amour et la comédie. Le spectateur, loin de le condamner, est ébloui par ses facéties verbales qui lui permettent de saper l'autorité d'un viellard tyrannique, tandis qu'il sème le désordre et la gaieté dans un univers familial triste, fondé sur le respect et l'obéissance au père et au maître tout-puissant. ainsi, Sganarelle obéit bien au sens étymologique de son nom. Le verbe italien sgannare signifie, "désabuser", "détromper" : sganarelle, grâce à son déguisement, révèle au spectateur l'hypocrisie d'une société. La farce, sans quitter pour autant le registre comique, permet au public d'en prendre conscience.
L'oeuvre aujourd'hui
Des signes trompeurs
Certes, la médecine d'aujourd'hui n'est pas celle d'autrefois, mais la condamnation d'une institution qui a un tel pouvoir reste d'actualité. Les médecins au temps de Molière s'exprimaient en latin ou avec des termes techniques et savants, inintelligibles pour les autres, portaient avec solennité robes noires et chapeaux... Or, toutes ces mesures d'intimidation utilisées par les médecins au temps de Molière, fondées sur le vêtement, la gestuelle, le langage, n'ont pas disparu. Ainsi, certains médecins peuvent encore aujourd'hui faire peur lorsque, à un patient angoissé, ils imposent un diagnostic obscur, sans que l'on ose leur opposer quoi que ce soit. Car le pouvoir des médecins repose sur la peur, ce que mettra en scène Molière dans Le Malade imaginaire avec Argan, si hanté par son angoisse de mort et d'abandon, qu'il "gobe" tout.
Ici aussi, Géronte "gobe" tout, jusqu'au plus incroyable. Cependant, ce n'est pas la peur de la mort qui l'anime, mais son goût pour l'argent. Puisqu'il ne pourra marier sa fille malade à temps pour en tirer un grand profit finacier. aussi le spectateur peut-il se réjouir à bon droit que Géronte reçoive des coups de bâton et perde sa bourse, juste punition de sa convoitise et de ses abus de pouvoir. Dès lors, c'est surtout la bêtise du dupé qui est mise en scène : Géronte croit aux signes que lui donne Sganarelle, son vêtement, son langage, ses postures,... et c'est la force aveugle de la crédulité, toujours contemporaine, qui se trouve condamnée. Pensons aujourd'hui à ceux qui croient les charlatans, paient cher pour des potions ou des formules magiques...
Reste que si Sganarelle, en trompant Géronte, fait du spectateur le complice amusé de cette mascarade, n'oublions pas qu'il dupe aussi Thibaut et Perrin, de simples paysans, inquiets pour la santé de la mère de famille. Si la scène reste dans le ton de la farce, le faux médecin n'en est pas moins redoutable, volant plus pauvre que lui, jouant de la légitime angoisse de voir mourir un être cher.
Finalement, tout est affaire de langage et d'autorité, comme nous l'indiquait d'emblée la première réplique de la pièce : "C'est à moi de parler et d'être le maître." Et malheur à ceux qui, tel le paysan analphabète, sont exclus de la maîtrise du langage : ils seront forcément dupés.
La robe noire des médecins, même parodiquement portée par un bouffon virtuose de l'intrigue et du verbe, nous rappelle aussi d'autres robes, celles des dévots, à qui Molière s'était affronté dans Tartuffe.
Par ailleurs, dans son ultime réplique adressée à sa femme ("et songe que la colère d'un médecin est plus à craindre qu'on ne pourrait croire"), Sganarelle continue à jouer de son habit pour réaffirmer son autorité virile et conjugale. Méfions-nous des postures et des beaux-parieurs, semble nous dire Molière, surout quand ils sont au service d'un pouvoir : sous le rire final, demeure la menace.
La revanche des faibles.
La pièce aborde aussi un sujet très contemporain : la revanche des femmes contre le pouvoir des hommes... Sganarelle et Lucas, si opposés pourtat ( à l'un la vivacité, à l'autre la bêtise), sont des maris tyranniques. Sganarelle, ivrogne et menteur, bat sa femme pour la contraindre au silence; Lucas assène à la sienne un "Morgé, tais-toi". Or, Martine se venge de Sganarelle en le faisant battre à son tour. Et, Jacqueline ridiculise le pauvre Lucas, qui paraît bien stupide à ses côtés.
Géronte, lui, incarne deux types d'autorité : celle du père et celle du maître. A Jacqueline, qui lui rappelle la loi du coeur, il oppose son arbitraire volonté pour choisir un mari à sa fille : "Ce Léandre n'est pas ce qu'il lui faut". Or, la pratique des mariages arrangés n'a pas partout disparu. Géronte devient même une sorte de bourreau, séquestrant sa fille. Mais Lucinde, au dernier acte, alors qu'elle était jusque-là muette, fait entendre haut et fort sa rébellion. Père délirant, Géronte est aussi un riche bourgeois servi par ses domestiques. Et à travers le couple Géronte-Sganarelle, même si Sganarelle n'a pas dans la pièce statut de valet (mais il représente ici, comme cela est souligné au premier acte, une condition sociale inférieure), c'est bien symboliquement d'un affrontement maître-serviteur qu'il s'agit, dont Sganarelle sort vainqueur. Mais cette revanche ne passe pas par une épreuve de force. L'espace de la comédie, comme celui du carnaval, la raillerie, la ruse, les déguisements et les joies du langage viennent triompher de l'esprit de sérieux incarné par le maître. Comme si, décidement, on ne pouvait se délivrer des abus de pouvoir que par la parole et le rire...
Molière, un farceur profond
Molière, nous affirma-t-on longtemps, fut le plus grand farceur de son siècle. Nous savons aujourd'hui qu'il en existait d'autres, aussi efficaces, et qui obtenaient même de plus grands succès de rire et de recettes. L'Avare, Le Misanthrope ne furent que des demi-succès. Non, ce qui stupéfia ses contemporains, c'est que ce farceur était profond, et c'est bien là la merveille qui, aujourd'hui encore, nous laisse pantois.
Derrière le comique mécanique de ses pièces, brusquement, le plus aigu de nos rapports avec autrui surgit, l'enjeu le plus secret de nos vies remonte à la surface. Ses héros - comme chacun de nous- ont travaillé longtemps à se construire une carapace et, brusquement, voilà que l'évidence comique épingle le désarroi d'une vie. Ainsi, L'Avare peut nous faire rire et nous serrer le coeur parce que le monstre d'égoïsme, qui humilie tous ceux qui l'approchent en raison du pouvoir que lui accorde son argent, est brusquement montré nu.
Les grandes oeuvres n'ont aucune ombre de sentimentalité et elles sont justes à l'égard de tous les personnages : Sganarelle, ridiculisé et condamné, est compris de l'intérieur. "Compris" est un mot faible, "pris en compassion" serait plus juste. Mais c'est un sentiment difficile à définir, proche de la pitié sans la nuance péjorative : un sentiment généreux.
Molière partage, je crois "le secret de Rembrandt" dont pale Jean Genet : "Une bonté forte. Et c'est pour aller vite que j'emploie ce mot. Son dernier portrait semble dire plutôt ceci : "je serai d'une telle intelligence que même les animaux sauvages connaîtront ma bonté". La morale qui le conduit n'est pas la vaine recherche d'une parure de l'âme, c'est son métier qui l'exige, ou plutôt l'amène avec soi."
Comme tous les héros des pièces comiques, Sganarelle est pris à son propre piège. Mais les grands personnages de Molière, devant la cruauté des rapports humains, sont saisis d'un plus grand vertige. Ils découvrent alors, au plus profond d'eux-mêmes, l'attitude, la phrase vraie et incongrue qui, à la fois, dissimulent la blessure et nous font rire.
Roger Planchon
La voix de Molière
La plus belle éternité, c'est celle d'une voix qui, trois cents ans passés, ne cesse pas de s'adresser directement aux hommes, de leurs parler, de les toucher, vivante, articulée, avec toute la force de son intonation, toute la subtilité de ses nuances.
Bien des paroles écrites se sont transmises au cours des âges qui seront recueillies, goûtées, comprises aussi longtemps qu'il y aura des esprits pour s'instruire et penser. Ce n'est pas de la parole que je veux parler ici, du signe abstrait, mais de la voix même, du son humain, du timbre personnel qui désigne l'indicidu et le fait reconnaître entre mille, qui nous force à nous retourner lorsqu'il retentit derrière nous, dont la privation nous laisse plus seul, dont le retour nous rend la vie et le bonheur, et qui est pour quelque chose dans l'amour.
Il est peu de voix immortelles.
La voix de Molière, depuis trois cents ans, n'a cessé de vivre et de parler. Vous croyez avoir un livre entre les mains. Non pas. C'est un homme qui vient à vous, dans son costume jaune et vert, qui s'incline légèrement par-dessus les chandelles, comme sur la gravure, et qui sourit. Ses lèvres bougent. Ce n'est pas seulement ce qu'il dit que vous allez entendre. Vous feuilletez Le Misanthrope, les Fourberies ou le Malade. Si ce n'esétait qu'un livre, il n'aurait pas ce souffle, ni ce rythme, il n'aurait pas ces mouvements qui vous le font bouger entre les doigts. Molière agit et parle. Son corps est là. C'est l'homme de théâtre. C'est le pur créateur dramatique qui attaque son public. L'intrigue, les personnages, la construction des scènes, la forme du dialogue, les mots mêmes ne sont pas toujours à lui. Mais à sa voix, vous l'avez reconnu. C'est son allure et son accent qui nous le font irremplaçable.
Jacques Copeau
- Cet événement est organisé par l'asbl "Les Amis du Château de Trazegnies" avec la collaboration du Ministère de la Communauté Française, la Province de Hainaut, Art de la Scène et la Posterie Centre Culturel de Courcelles -
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